« LOI DE LA REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE SUR LA PROMOTION DE L’UNITE ET DU PROGRES ETHNIQUES » : SOURCE D’INSPIRATION POUR LES PAYS AFRICAINS
Par Prof. Yoro DIALLO, Chercheur Principal/Directeur du Centre d’Etudes Francophones, Directeur du Musée Africain et du Musée des Echanges Chine-Afrique, Institute of African Studies, Zhejiang Normal University
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La ligne directrice de la politique intérieure de la Gouvernance Chinoise met le Peuple multiethnique chinois au centre de toutes les préoccupations. A cet égard, la 4ème Session de la 14ème Assemblée Populaire Nationale (APN), a adoptée le 12 Mars 2026, une loi consacrée aux relations entre les différents groupes ethniques du pays, intitulée « la Loi de la République Populaire de Chine sur la Promotion de l’Unité et du Progrès Ethniques ». Cette Loi qui est entrée en vigueur le 1er Juillet 2026, présente une structure composée d’un préambule et de sept (7) chapitres, portant notamment sur : les principes généraux, la construction d’un espace spirituel commun, les échanges et l’intégration entre groupes ethniques, le développement économique commun, les garanties et la supervision, les responsabilités juridiques, ainsi que les dispositions finales. Il s’agit véritablement de « promouvoir l’unité nationale et le progrès ethniques, de renforcer la conscience de l’appartenance à la Communauté nationale chinoise et de favoriser la construction de cette Communauté ». Alors, les différents groupes ethniques sont considérés comme appartenant à une communauté ayant des intérêts communs et un destin partagé. Pour mémoire, la population de la Chine compte 56 groupes ethniques, constitués par les Han (la majorité) et 55 autres groupes (minorités ethniques) estimés à environ 125 millions de personnes, soient près de 8,89 % de la population du pays. Cette Loi est un véritable instrument destiné à consolider l’unité nationale, favoriser le développement commun et renforcer la « Communauté de destin de la Nation chinoise ». L’accent est mis sur l’identité nationale commune, le développement économique et social commun, la prospérité commune. « L’unité nationale et la solidarité entre les groupes ethniques constituent une responsabilité collective et interdit les discriminations et les actes visant à supprimer ou à porter atteinte aux droits d’un groupe ethnique ».
L’éradication de l’extrême pauvreté et le développement des infrastructures dans les régions à forte population minoritaire demeure un des principaux éléments de la politique ethnique en Chine. Entre 2020 et 2024, les cinq (5) régions autonomes que sont ; le Ningxia, la Mongolie intérieure, le Xizang, le Guangxi, et le Xinjiang ont enregistrées une croissance de leur PIB de 5,6 % en moyenne par an. Les 420 comtés pauvres situés dans les zones autonomes ethniques et les 28 groupes ethniques comptant un petit nombre de populations figurent parmi les plus de 800 millions de Chinois sortis de la pauvreté en un laps de temps. Le développement commun devient un instrument clé de la cohésion nationale, cherchant à promouvoir simultanément l’égalité, la lutte contre la discrimination, la préservation des langues et des cultures ethniques et le renforcement d’une identité nationale commune.
En vue de renforcer la conscience d’appartenir à la Communauté nationale chinoise, un rôle majeur est accordé aux gouvernements locaux. Les régions autonomes, les municipalités et certaines collectivités peuvent adopter des réglementations locales liées à la promotion de l’unité et du progrès ethniques, relativement à leurs propres réalités. La Loi couvre non seulement les affaires économiques et linguistiques, mais aussi celles de l’éducation, de la communication et de la sécurité. A cet égard, les médias (les télévisions, les radios, les journaux), les éditeurs et autres plateformes de communication sont appeler à contribuer à la promotion de l’unité ethnique et à la présentation des réalisations relatives à la construction de la communauté nationale. Il s’agit d’encourager la production et la diffusion de contenus favorisant l’unité entre les groupes ethniques.
Une autre importante dimension de cette Loi porte sur la sécurité nationale. Elle associe explicitement la promotion de l’unité ethnique à la lutte contre le séparatisme ethnique, l’extrémisme religieux et le terrorisme. Les instigateurs, les planificateurs, les organisateurs, les auteurs ou financeurs de certaines activités peuvent faire l’objet de responsabilités pénales. Ces dispositions nécessaires à la préservation de la stabilité, de l’unité nationale et de la sécurité constituent la formalisation juridique d’expériences accumulées au cours de plusieurs années dans la lutte contre le séparatisme et l’extrémisme. Au regard de ce principe, « les différences ethniques ne doivent pas constituer d’obstacles à l’appartenance à une Communauté nationale commune ». L’objectif est de consolider la Communauté nationale intégrée, de favoriser le développement de tous les groupes ethniques et de préserver la stabilité socio-économique du pays.
A la lecture de cette Loi, nous relevons que le développement économique est source de rapprochement des régions, des localités et des populations d’un même pays. Depuis plusieurs années, la Gouvernance chinoise présente le développement des régions à forte population minoritaire comme un élément essentiel de la cohésion nationale. Les investissements publics (Routes, infrastructures, éducation, santé, emploi, modernisation industrielle, etc…) contribuent remarquablement à favoriser les échanges, l’intégration et à rapprocher les niveaux de développement. L’école et les médias contribuent à la construction de la cohésion nationale et à la transmission d’une histoire partagée. La langue chinoise standard facilite la communication, tandis que les cultures et les langues minoritaires demeurent protégées. La lutte contre le séparatisme apporte une garantie solide à la stabilité sociale dans l’ensemble du pays. La nouvelle Loi fait ainsi de l’unité ethnique un projet national global, prenant en compte les domaines économique, politique, social, culturel et sécuritaire. Avec cette Loi, la Chine ne réglemente pas seulement les relations entre les multiples groupes ethniques du pays. Elle donne aussi une définition claire de ce que doit être l’unité dans la diversité ethnique. Le message que l’Assemblée Populaire Nationale transmet à travers cette Loi affiche clairement que « les différences ethniques doivent subsister, mais elles doivent s’inscrire dans une identité nationale commune ». Cette démarche pourrait servir de source d’inspiration pour de nombreux pays multiethniques Africains qui font face à des tensions récurrentes liées à des problèmes inter- ethniques./.
