LA CHINE ET L’AFRIQUE, DANS LA VICTOIRE LORS DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
Par Prof. Yoro DIALLO
Chercheur Principal/Directeur du Centre d’Etudes Francophones
Directeur du Musée Africain et du Musée des Echanges Chine-Afrique
Source: https://tinganews.com/la-chine-et-lafrique-dans-la-victoire-lors-de-la-seconde-guerre-mondiale/
Le 18 Septembre 2026, l’Institut d’Histoire mondiale de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales (CASS) a organisé, à Pékin, la Conférence inaugurale du Réseau académique international sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et un Symposium International marquant le 95ème anniversaire du déclenchement du conflit. Ce réseau vise à bâtir une passerelle pour les échanges universitaires et le dialogue intellectuel, à fédérer les forces académiques nationales et étrangères, à mener des recherches approfondies sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et à promouvoir, au sein de la communauté internationale, une perspective historique juste et réelle sur ce conflit. M. Li Xuesong, Vice-président de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales, a prononcé le discours inaugural et dévoilé la plaque du « Réseau Académique International sur l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale ».
La conférence qui a réunie des Universitaires de Chine, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, a noté que la création de ce réseau permettra de rassembler des universitaires du monde entier dotés d’une expertise approfondie et d’un sens aigu de la justice et du droit des peuples. En mutualisant les efforts de recherche, le réseau ambitionne de relever les défis actuels et de défendre conjointement une vision historique juste et réelle de la Seconde Guerre mondiale. Il serait utile pour le monde académique de tirer profit dudit réseau en mettant en place des mécanismes de recherche conjointe, d’échanges universitaires, de partage de connaissances et de formation des jeunes. Ces mesures favoriseront une coopération pragmatique entre les membres et les institutions et feront de cette plateforme un pôle majeur pour la communauté académique internationale, afin de bâtir un consensus mondial grâce aux échanges et à l’apprentissage mutuel entre les civilisations. Il sera aussi un lieu approprié pour la promotion de l’idéal de paix par le biais du dialogue entre les cultures et les civilisations.
Invité à cette grande rencontre intellectuelle, j’ai prononcé une allocution, (discours principal ou Keynote speech). J’ai évoqué cet évènement dramatique de l’histoire humaine, où les peuples ont affronter l’une des plus grandes épreuves de l’évolution de l’humanité : « la Seconde Guerre mondiale », une lutte contre l’agression, le fascisme, l’hégémonisme, la domination et le militarisme. Tout au long de cette épreuve faite de résistance, de combats et de sacrifices ultimes, la Chine et l’Afrique ont apporté des contributions déterminantes dans la victoire finale. Ces immenses contributions ont été très souvent insuffisamment reconnues, voire ignorées, dans les récits occidentaux de la guerre. Pourtant, les Peuples Chinois et Aricains ont combattu avec acharnement, résisté vaillamment et travaillé sans relâche. Ils ont profondément souffert, dans leurs chairs et leurs âmes, donnant leurs vies pour défendre la paix, la liberté, la justice, l’égalité et la dignité des peuples, contribuant ainsi de manière substantielle à la défaite des puissances de l’Axe. C’est pour mettre en lumière cette vérité historique que j’ai intitulé mon intervention « La Chine et l’Afrique dans la victoire de la Seconde Guerre mondiale ».
Pour mieux comprendre la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale, il faut d’abord reconnaître toute l’ampleur de la résistance héroïque du grand Peuple Chinois. La résistance chinoise fut une lutte qui a duré huit longues années pour la défense de la paix. Durant les années 1930, la Chine a dû faire face à l’expansionnisme japonais. En 1937, l’invasion de la province chinoise de Mandchourie a marqué un tournant décisif. A partir de juillet 1937, la guerre imposée à la Chine par le Japon s’est intensifiée. Des infrastructures vitales, des villages et des villes entières ont été la cible de bombardements barbares et aveugles du Japon. La population civile, des enfants, des femmes et des familles entières ont été massacrés. Des millions de personnes ont été mutilées, traumatisées et déplacées. Les infrastructures économiques, sociales et culturelles ont été dévastées. Malgré ces terribles épreuves, le peuple chinois a vaillamment poursuivi sa résistance, une lutte militaire, certes, mais avant tout une véritable résistance populaire. Avec une grande détermination, travailleurs et intellectuels ont apporté une contribution remarquable à la résistance populaire. Dans des conditions extrêmement difficiles, ils ont maintenu en état de fonctionnement les infrastructures vitales pour la survie. Les batailles acharnées de Shanghai et de Nankin, la résistance héroïque de Wuhan et les combats violents qui ont fait rage pendant des années témoignent de l’ampleur du conflit. Par son engagement sans faille, sa détermination et ses sacrifices, le peuple chinois a arrêté les forces armées japonaises, empêchant ainsi l’expansion du militarisme japonais à travers l’Asie et le reste du monde. La contribution de la Chine doit donc être comprise dans toute sa dimension internationale. La lutte du peuple chinois ne se résume pas à l’histoire d’une Nation défendant son territoire. Il s’agissait d’un combat plus large contre l’agression et la domination que les puissances de l’Axe cherchaient à imposer au monde. Cette résistance du Peuple Chinois nous rappelle une vérité fondamentale : « face à l’agression, la résistance d’un peuple peut avoir un impact qui dépasse largement ses propres frontières ».
En examinant les récits de la Seconde Guerre mondiale tels que rapportés par les Occidentaux, on remarque aisément que les principaux champs de bataille mentionnés se situent exclusivement sur le continent européen. Pourtant, la guerre s’est également déroulée en Asie et en Afrique. Le continent africain a été profondément touché par les opérations militaires. Des soldats de toutes les régions d’Afrique ont été recrutés et mobilisés au sein des forces armées de la France, de la Grande-Bretagne et d’autres nations alliées. De nombreux contingents d’Afrique de l’Ouest ont combattu avec vigueur sur divers fronts (servant parfois de chair à canon) et ont joué un rôle crucial dans la libération des territoires européens. Des millions d’hommes valides africains ont été mobilisés force pour travailler dans les chantiers, les ports, les ateliers, les usines et les secteurs de services essentiels à l’effort de guerre des puissances occidentales. Les ressources économiques du continent ont alimenté les économies des puissances engagées dans le conflit. Le Continent a été le théâtre d’importantes d’opérations opposant les forces de l’Axe aux Alliés. Les campagnes menées en Algérie, en Égypte, en Libye et en Tunisie ont directement influencé le cours du conflit dans la région méditerranéenne. Les débarquements alliés en Afrique du Nord en novembre 1942, notamment au Maroc et en Algérie, ont marqué un tournant décisif de la campagne Africaine. En 1943, la défaite des forces de l’Axe en Tunisie a permis aux Alliés de poursuivre leur progression vers le sud de l’Europe.
La Chine et l’Afrique n’étaient certes pas engagées sur les mêmes théâtres d’opérations et n’ont pas vécu la guerre de la même manière. Si leurs situations géographiques, sociales et militaires différaient, les deux parties ont été confrontées à une même réalité : « la violence d’un ordre mondial dominé par des puissances agressives, fascistes et racistes, au mépris des droits des autres peuples ». Le courage dont ont fait preuve les vaillants peuples chinois et africains s’inscrivait indéniablement dans une dynamique de coopération internationale. En fin de compte, la victoire lors de la Seconde Guerre mondiale ne fut pas le fruit des efforts d’un seul continent, d’un seul pays ou d’une seule armée. Elle fut le résultat d’une solidarité internationale d’une ampleur inédite, née de la convergence de multiples efforts humains, militaires, économiques et stratégiques coordonnés à travers le monde. Le Peuple Chinois, les Peuples Africains, l’Union Soviétique, les USA et diverses nations européennes ont chacun contribué à la lutte commune, selon leurs moyens respectifs et dans des circonstances différentes. Cette vérité historique mérite d’être soulignée, car elle éclaire une réalité contemporaine : « lorsque l’humanité est confrontée à des défis majeurs, aucune nation, si puissante soit-elle, ne peut prétendre détenir seule, toutes les réponses. A cet égard, les initiatives proposées par le Président Chinois Xi Jinping (qui ont recueilli l’adhésion de plus de 180 pays à travers le monde), constituent incontestablement des instruments idéaux pour bâtir une communauté d’avenir partagé pour l’humanité, une communauté fondée sur la paix, le respect mutuel, le dialogue et le développement partagé.
La mémoire de la guerre ne doit être ni sélective ni source de division. Elle doit être ancrée dans la coopération et la solidarité. En examinant les sacrifices consentis par les Peuples Chinois et Africains, nous découvrons une histoire capable de favoriser une compréhension mutuelle plus profonde des relations Sino-africaines dans cette nouvelle ère. Aujourd’hui, la solidarité et l’amitié sincère entre la Chine et les nations africaines ne reposent pas uniquement sur des échanges économiques ou diplomatiques. Elles sont également éclairées par des réalités historiques. Il s’agit de la réalité vécue par deux Peuples ayant enduré les épreuves de l’agression, de la domination, de l’exploitation économique et de l’humiliation. L’histoire partagée de la Chine et de l’Afrique durant la Seconde Guerre mondiale révèle une expérience commune de dignité, de résistance et de quête de souveraineté. Cette compréhension mutuelle confère une signification particulière aux relations sino-africaines d’aujourd’hui. Actuellement, la coopération Sino-africaine produit des résultats concrets dans tous les domaines : développement, diplomatie, commerce, infrastructures, éducation, santé, culture, formation et échanges humains. Au-delà de ces sphères de développement, il existe une dimension humaine essentielle, fondée sur le respect mutuel, le respect de la mémoire historique ainsi que le respect de la dignité et de la souveraineté des peuples. Nous devons apprendre aux générations actuelles que la paix dont elles jouissent aujourd’hui a été durement acquise, au prix d’immenses sacrifices. Nous devons également tirer les leçons de l’histoire ; « les peuples ne sont jamais à l’abri de la barbarie, de la violence, des tentatives de domination, de l’hégémonisme ou de l’intolérance. Aujourd’hui, le monde fait face à des défis majeurs, notamment le changement climatique, la pauvreté, l’insécurité, les conflits, l’instabilité économique et la fracture technologique. Aucun pays ne peut, à lui seul relever ces défis sur le long terme. La coopération, le dialogue, la compréhension mutuelle et la solidarité s’imposent donc. C’est ici que la Communauté Internationale doit s’approprier les initiatives proposées par le Président Xi. La Gouvernance mondiale doit garantir le respect de la souveraineté et de la dignité des Peuples, en débarrassant le monde des tentatives de domination, du déni des droits des Nations et de l’entrave aux aspirations des peuples à vivre une vie meilleure. La paix mondiale ne saurait reposer sur la loi du plus fort. Elle doit s’ancrer dans le respect mutuel, l’égalité entre les nations, le dialogue entre les civilisations et la recherche constante de solutions pacifiques aux divers problèmes. L’histoire de la Seconde Guerre mondiale, dont les contributions remarquables de la Chine, de l’Afrique et de toutes les autres régions du monde, doivent reconnues et racontées afin d’établir la vérité historique pour le bien de l’humanité. Nous avons le devoir de transmettre cette mémoire, intégralement et sans omission, car elle doit servir la cause de la paix, de la compréhension entre les peuples et de l’édification d’une communauté de développement partagé. Il nous incombe de faire de cette mémoire un instrument pour rapprocher les civilisations et favoriser le dialogue entre elles.
Aujourd’hui, la Chine et l’Afrique partagent une responsabilité particulière. Il s’agit de transformer la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en une force au service de la paix mondiale, du développement partagé, de la compréhension mutuelle, du dialogue entre les civilisations, de la dignité des peuples et de la justice, tout en bâtissant une communauté d’avenir partagé Chine-Afrique encore plus solide. Les Universitaires Chinois Africains doivent transmettre aux jeunes générations la vérité historique, ainsi que la leçon essentielle de la Seconde Guerre mondiale. Cette leçon nous enseigne que « lorsque les peuples choisissent la solidarité plutôt que la division, la coopération plutôt que la confrontation et la justice plutôt que la domination, l’histoire ouvre la voie au bien-être de tous les peuples du monde».
